On a vu au FIJM 2008 par Éric Seguin
Jeudi 26 juin
Iro Haarla Quintet au Monument National
La petite salle du Monument National accueillait hier soir la finlandaise Iro Haarla. Entre harpe et piano, Iro Haarla et ses musiciens nous ont offert une belle prestation, véritable introduction à l’approche scandinave du jazz. Plutôt grande, très maigre et voûtée, Iro Haarla se déplace lentement sur scène, son jeu au piano a parfois l’air approximatif, essayant plusieurs combinaisons dans le vide avant de jouer ses notes, mais en bout de compte elle réussit toujours à retrouver son chemin. C’est à la harpe que la musicienne s’exprime de façon plus singulière, avec des intonations de musique classique et contemporaine. Étonnant morceau que « Le royaume des oiseaux », clou de ce concert, dialogue surprenant entre un saxophone et un bugle qui nous plonge dans une ambiance surréaliste qui rappelle de façon surprenante la bande-son de la série télévisée Lost. Ce concert clôturait la tournée nord-américaine du quintet.
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Vendredi 27 juin
Hank Jones et Joe Lovano au Théatre Jean-Duceppe de la Place des Arts
Aussitôt arrivé aussitôt ovationé. Les mythes n’ont pas la vie dure. Agé de 80 ans, le légendaire pianiste Hank Jones n’a rien perdu de sa superbe. Un doigté de velours, une technique irréprochable, tant du point de la virtuosité que de la précision rythmique. Hank Jones est un maître, on l’aura compris. Celui qui a traversé l’histoire du jazz a encore beaucoup à nous apprendre. Vendredi soir, à la Place des Arts, le pianiste, en duo avec le saxophoniste Joe Lovano, a fait vibrer le cœur des festivaliers. Entre les compositions que le duo a déjà enregistrés live au Dizzie’s à New York, et de standards du jazz, le répertoire présenté était plus qu’homogène et l’osmose entre les deux musiciens, unique. Le jeu d’Hank Jones, très riche en accords et harmoniques a laissé le champ libre à un Joe Lovano très inspiré. Samedi le 28 juin, Hank Jones invite Brad Mehldau, deux générations de pianistes et deux styles très opposés se rencontrent autour du piano.
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Samedi 28 juin
Yaron Herman Trio au Gesù
Si Yaron Herman est un pianiste reconnu en Europe et dans son pays d'origine, Israël, il reste encore méconnu du public nord-américain. Preuve en est que la petite salle du Gesù n'était plein qu'au trois-quarts samedi le 28 juin, et c'est bien dommage. Il est difficile aujourd'hui pour un trio de se démarquer et sortir du lot sans être comparé à Keith Jarrett, Brad Mehldau, Robert Glasper, Esbjorn Svensson, Tord Gustavsen ou encore The Bad Plus. En un sens, Yaron Herman a absorbé le meilleur des grands, une hypersensibilité et un touché de velours, une bonne dose de virtuosité et de tonicité, une capacité innée à s'insérer dans son temps en utilisant le répertoire pop, et surtout, une singularité dans sa manière d'aborder le jeu pianistique. Sa performance au Gesù a été acclamée par le public, un grand pianiste est en train de naître.
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Dimanche 29 juin
Hilario Duran Trio au Gesù
Pianiste cubain installé à Toronto, Hilario Duran, qui a accompagné pendant presque dix le trompettiste Arturo Sandoval, nous présentait dimanche le 29 son trio au Gesù. Visiblement touché de jouer une première fois au FIJM, le pianiste, dont les récents passages dans la métropoles ont été plus que dicrets, nous a donné une leçon de piano. Très physique, le jeu du grand Hilario est un spectacle à lui tout seul car sa virtuosité est hallucinante. Les rares moments d'accalmie du concert laissent entrevoir un autre Hilario Duran, plus touchant, qui laisse respirer les notes pour accorder une trêve à un Steinway durement mis à profit. Si le
pianiste en fait parfois trop, il reste que sa technique force le respect et l'admiration. Brillante idée du festival que d'avoir osé
présenter ce pianiste méconnu du grand public.
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Lundi 30 juin
Melody Gardot au Théâtre du Nouveau Monde
Audacieuse, le jeune Mélody Gardot entre sur scène seule, aidée d'une canne. Elle se place dans un rond de lumière et débute a capella en faisant claquer ses doigts. À deux reprises, elle demande au public de l'aider et celui-ci s'exécute. L'assurance de cette jeune chanteuse de 23 ans, qui s'accompagne au piano et à la guitare, est étonnante. Victime d'un accident grave il y a 5 ans, Mélody Gardot a gardé de nombreuses séquelles et a recours à une canne pour ses déplacements. Mélody aime jouer avec le public, elle ne se prend pas au sérieux. Mélody joue à la vamp. Coté musique, Mélody, entouré d'une trompette, une batterie et une basse, nous distille un jazz plutôt sage, matinée de blues et de folk. Mélody maitrise admirablement les nuances de sa voix,
ne la poussant pas inutilement pour faire de l'effet, elle préfère errer dans des ambiances feutrés. Le festival n'est pas fini, mais du côté du jazz vocal, on peut déjà parier que Mélody Gardot sera la révélation de cette édition 2008. Pour son dernier album, Mélody Gardot a signé avec Universal et son label jazz, Verve. La route du succès lui est ouverte et puis avec un nom comme ça....tout est possible!
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Mercredi 2 juillet
Richard Galliano - Tangaria Quartet au Théâtre Jean-Duceppe de la Place des Arts
Richard Galliano a enflammé la Place des Arts avec son Tangaria Quartet, une formation de haute volée, mi-française, mi - vénézuelienne. Aussi intense que sa prestation de 2002 en compagnie d'I Musici de Montréal, Richard Galliano prouve une fois de plus qu'il est le digne successeur d'Astor Piazzola. Le bonhomme, sympathique, timide, fait totalement corps avec son instrument, l'accordéon, qu'il ne délaissera qu'un fois pour nous présenter l'accordina, un croisement entre l'harmonica et l'accordéon. Grande découverte qu'Alex Cardenas, au violon, qui va même jusqu'à voler la vedette à Richard Galliano, mais aussi Rafael Mejias, le percussionniste qui fait sonner ses maracas comme un serpent à sonnettes. D'Astor Piazzola à Gainsbourg en rappel, Galliano a puisé dans ses classiques, sans bien sur oublier Claude Nougaro, pour qui il avait composé Tango pour Claude, joué en ouverture de concert.
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Samedi 5 juillet
James Carter au Théâtre Jean-Duceppe de la Pace des Arts
Découvert à l’âge de 17 ans par le célèbre Wynton Marsalis, James Carter est un musicien dans la plus pure tradition du jazz.
Ne cherchant pas à transgresser ni déconstruire ce que ces maîtres ont créé, James Carter s'inscrit d'une manière étonnante
dans le passé et le présent. Venu présenter son album Present Tense, paru sous l'étiquette Emarcy, James Carter nous a
littéralement donné une leçon de saxophone. Passant avec une facilité déconcertante de l'alto au soprano puis au ténor,
James Carter est un musicien techniquement bluffant. Son style est indéfinissable car il n'en a pas, celui-ci s'adaptant
autant à la tonalité de son instrument qu'à l'esprit de ses compositions. Communicatif avec ses partenaires de jeux,
James Carter et ses acolytes ont transformé le Théâtre Jean-Duceppe en club de jazz new-yorkais.
Il ne manquait que l'odeur de la cigarette et du scotch pour qu'on se replonge dans les années 30. En bref, un des plus
beau concert de festival, Du jazz...du vrai.
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