Que le jazz rock se lève !

Sans être écrivain, mais chroniqueur, c’est le genre de livre que nous aurions souhaité écrire. Pour une fois il ne s’agit pas d’un produit anglo-saxon, qui sont pour la plupart bien faits, mais d’une bible de référence qui nous provient de la région lyonnaise. Producteur musical dans tous les domaines, Marc Alvarado, vient de signer un ouvrage magistral sur ce que fut l’avènement du jazz-rock, avec ses confluents et autres styles.

Si vous êtes programmateur, féru de radio ou de podcasts, cette bible vous donnera des idées pour développer une série d’émissions avec des artistes plus connus (John McLaughlin, Miles Davis, Tony Williams, Cream). Mais aussi quelques oubliés, comme ceux qui firent les beaux jours de la petite compagnie de disque CTI fondé par le légendaire Creed Taylor.

Est-ce que le jazz rock fut une pure invention de l’esprit ou alors une juxtaposition d’éléments commerciaux qui donnèrent un nouveau souffle à une note bleue qui se cherchait un peu ? «  En cette fin des années soixante, le jazz n’est plus la musique en vogue. Il a été détrôné par le rock chez les blancs et le R&B chez les noirs. On assiste au baroud des courants jazz mainstream, notamment, ceux qui se mélangent aux rythmes latinos (bossa-nova, afro-cubain). Pour renouveler leur répertoire, et rajeunir du même coup leur public, les grands orchestres (Duke Ellington, Stan Kenton, Count Basie, Woody Hermann, Buddy Rich) s’étaient mis dès milieu des années soixante, à arranger et interpréter les tubes de la pop music. ». De 15 % en 1964, la part du marché rock est passée à 60 % en 1969 selon les chiffres de CBS Columbia.

Est-ce que la fusion était inévitable ?, c’est ce que vous lirez au fil des pages hautement documentées. Si la soul durcit le ton avec la fondation de la marque Motown puis Stax, la salve est venue d’un judicieux assemblage avec le guitariste Larry Corryel, le saxophoniste Charles Loydd, le groupe Cream (Ginger Baker, Eric Clapton) et Mitch Mitchell au sein du Jimi Hendrix Experience. Bien entendu, le trompettiste Miles Davis qui n’est pas en reste voit ses ventes de disque chuter. Il fera donc flèche de tous « cuivres » avec In a Silent Way et Bitches Brew.

Du fil en aiguille et à travers les festivals que furent ceux de Woodstock et Newport et celui de l’île de Wright, l’auteur remonte la filière. Il établi des liens et nous fait redécouvrir l’étonnant travail de l’iconoclaste Frank Zappa, du Mahavishnu Orchestra, sans oublier les idées de Jimi Hendrix, Annette Peacock (la fusion au féminin) et grand bonheur, le concert Wattstax avec Issac Hayes en tête.

La tête pleine de musique, oui oui, fouillez dans votre discothèque, vous retrouverez aussi le claviériste Joe Zawinul avec le saxophoniste Julian « Cannonball » Adderley-Mercy, Mercy, Funkadelic, Weather Report, la formation Return To Forever, Curtis Mayfield, le saxophoniste argentin incandescent Gato Barbieri (El pampero), puis rayon Europe, l’intense groupe Magma. Ce ne sont que de petits « échantillons  » qui vous mèneront vers une quête importante avec au détour, combien d’oubliés et de redécouvertes.

Marc Alvarado
Jazz rock
Esprits libres et fusions des genres
Le mot et le reste, 320 p.


Christophe Rodriguez (rod.chris@hotmail.com)

 

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